Podcast: MSF et les Rohingya, 1992–2014
Cette série de podcasts est adaptée de l’étude de cas sur les prises de parole publiques de MSF, « MSF et les Rohingya 1992–2014 ».
Elle met en lumière deux décennies d’activités de plaidoyer de MSF dans le cadre de l’assistance humanitaire portée à la population des Rohingya au Bangladesh et au Myanmar.
Elle examine les difficultés auxquelles les équipes MSF des terrains et des sièges ont dû faire face pour relever les défis posés par la prise de parole publique sur le sort des Rohingya, une population qui endure persécutions et violence depuis des décennies au Myanmar et au Bangladesh.
Entre 1992 et 2014, MSF a essentiellement mises en œuvre des actions de plaidoyer « silencieux » menées par des voies diplomatiques bilatérales auprès des diplomates étrangers et des agences des Nations unies. Cette stratégie a été questionnée par ceux qui au sein de MSF considéraient que par son silence public, l’organisation abandonnait une population persécutée.
A leurs yeux, le maintien d’une présence opérationnelle sans aucune dénonciation publique des violences ne représentait pas une option éthiquement défendable pour une organisation humanitaire indépendante et impartiale telle que MSF.
Au fil de 7 épisodes, ce podcast explore les contraintes, les dilemmes et les désaccords internes qui ont accompagné la réponse humanitaire apportées par MSF aux Rohingya au Myanmar et au Bangladesh de 1992 à 2014.
Ce podcast est disponible sur toutes les plateformes de podcast.
Épisode 1 : Le Bangladesh dans les années 1990
En 1991 1992, la répression exercée par l’armée du Myanmar contraint plus de 250 000 Rohingya à fuir dans des camps de réfugiés situés près de Cox’s Bazar au Bangladesh. Dans les camps, les équipes de MSF constatent des conditions de vie extrêmement précaires ainsi que des violences. Les autorités bangladaises y restreignent l’aide humanitaire et imposent un rapatriement forcé.
Afin de pouvoir maintenir ses activités dans les camps, MSF choisit alors une stratégie de plaidoyer dit, « silencieux », en alertant uniquement des acteurs politiques et institutionnels internationaux. Cet épisode met en lumière un dilemme récurrent de l’action humanitaire de MSF auprès des Rohingya : dénoncer publiquement les exactions ou garder le silence pour préserver un accès aux populations.
Crédits photo: © Générique MSF
Épisode 2 : Des années de croissance et de silence
Au Myanmar, un régime de plus en plus autoritaire se met en place, entravant le retour des réfugiés et rendant la vie des Rohingya restés dans l’État Rakhine toujours plus difficile. MSF documente des persécutions systématiques mais l’organisation est divisée sur la manière d’aborder le dilemme opposant l’accès aux populations à la prise de parole publique.
À partir de 1994, MSF Hollande choisit une stratégie de démarches diplomatiques basées sur la discrétion, afin de conserver et développer ses programmes massifs de lutte contre le paludisme et le VIH/sida au Myanmar. À l’inverse, MSF France dénonce le manque de transparence des autorités et décide de se retirer du pays en 2006.
Crédits photo: © Carlos Quarenghi
Épisode 3 : Une ouverture progressive au sein de MSF
En 2006, à la suite d’une réorganisation interne, le Centre opérationnel de MSF à Amsterdam (OCA) évolue dans son approche de la prise de parole publique et recentre son action de plaidoyer sur la situation des Rohingya. Pour contourner les restrictions imposées par les autorités du Myanmar, déjà renforcées après la violente répression des manifestations consécutives à la Révolution safran de 2007, la plupart des prises de parole publiques portent sur le sort des réfugiés non enregistrés au Bangladesh.
Parallèlement, au Myanmar, MSF OCA prend position en dénonçant les conséquences humanitaires des politiques de discrimination institutionnalisée, de la répression et du manque d’accès aux soins de santé, tant pour les Rohingya que pour les personnes vivant avec le VIH/sida.
Crédits photo: © Giulio Di Sturco
Épisode 4 : Le Myanmar s’ouvre progressivement
En 2008, le cyclone Nargis ravage le delta de l’Irrawaddy au Myanmar et cause la mort de plus de 130 000 personnes. Cette catastrophe ouvre un nouvel espace pour l’action humanitaire. À partir de 2009, MSF renforce ses actions de plaidoyer concernant la situation des Rohingya, notamment à travers le rapport « Une politique meurtrière : l’impact du statut d’apatride sur les souffrances des Rohingya ». Le rapport met en évidence les effets sanitaires des politiques restrictives mises en œuvre au Myanmar.
Bien qu’il n’ait jamais été publié officiellement, ce rapport devient un outil central dans le plaidoyer bilatéral. Tout au long de cette période, MSF cherche à concilier la nécessité du plaidoyer avec le maintien de l’accès opérationnel, en élaborant progressivement une stratégie régionale globale qui fait de la crise des Rohingya un enjeu humanitaire et politique majeur.
Crédits photo: © Générique MSF
Épisode 5 : Reprise des violences et perte d’accès au Myanmar
En 2012, à la suite de l’assassinat présumé d’une femme bouddhiste attribué à des hommes Rohingya, des violences éclatent dans l’État Rakhine, au Myanmar, entre communautés Bouddhistes et Rohingya. Les attaques de représailles provoquent le déplacement de dizaines de milliers de personnes et instaurent un climat d’insécurité généralisée.
Dans ce contexte, MSF peine à assurer l’accès aux soins de santé face aux intimidations, aux restrictions d’accès et à l’arrestation de membres Rohingya de son personnel. Ces facteurs convergents conduisent à la suspension des activités. Perçue par d’autres communautés de l’État Rakhine comme partiale en faveur des populations musulmanes, l’organisation est confrontée à de lourds dilemmes éthiques pour préserver sa neutralité et son impartialité.
Alors que le régime détient deux membres de son personnel, MSF se retrouve une nouvelle fois dans une situation délicate quant à la question de prendre la parole publiquement.
Crédits photo: © Kaung Htet
Épisode 6 : Sous pression au Myanmar
En janvier 2014, à Du Chee Yar Tan, dans l’État Rakhine, les équipes de MSF OCA soignent des Rohingya blessés à la suite d’une attaque violente et publient un communiqué de presse. Le gouvernement du Myanmar nie les faits, accuse MSF d’exagérer et exerce des pressions sur l’organisation pour obtenir des informations sur les patients.
Au cours des semaines suivantes, les prises de parole publiques de MSF restent prudentes, rappelant sa neutralité et son engagement à répondre avant tout aux besoins médicaux. Les équipes font face à des intimidations, à des manifestations hostiles et à des accusations de désinformation émanant des autorités. Les négociations relatives au renouvellement du protocole d’accord autorisant MSF à travailler dans le pays échouent. Le 27 février 2014, MSF OCA est contrainte de fermer l’ensemble de ses programmes au Myanmar.
Crédits photo: © Chris Huby
Épisode 7 : Introspection au sein de MSF
Finalement, le gouvernement du Myanmar revient partiellement sur sa décision et limite l’interdiction aux seules activités de MSF dans l’État Rakhine. L’organisation demeure toutefois confrontée à un dilemme majeur : dénoncer les persécutions subies par les Rohingya ou préserver des programmes vitaux dans d’autres régions du pays.
À l’issue de débats internes particulièrement tendus, la direction de MSF OCA décide de se retirer de l’État Rakhine afin de maintenir l’accès humanitaire ailleurs. Ce choix est vivement contesté en interne, certains estimant qu’il sacrifie les principes humanitaires de MSF au profit d’un accès opérationnel incertain.
En 2017, des violences de masse contraignent des centaines de milliers de Rohingya à fuir vers le Bangladesh, faisant des milliers de morts. MSF documente ces violences et les dénonce publiquement. Alors que des procédures judiciaires internationales qualifient les faits de génocide et que les violences se poursuivent, MSF continue d’interroger ses choix de 2014 et l’équilibre entre prise de parole publique et accès aux populations.
Crédits photo: © Eddy McCall/MSF