Podcast prises de parole publiques de MSF : Crimes de guerre et politiques de terreur en Tchétchénie 1994-2004
Ce podcast de la série les « prises de parole publiques de MSF » est basé sur l’étude de cas : Crimes de guerre et politiques de terreur en Tchétchénie 1994-2004.
En neuf épisodes, il explore les défis et les dilemmes auxquels MSF a dû faire face pendant les deux guerres et la période dite de « normalisation » qui se sont déroulées en Tchétchénie entre 1994 et 2004 : devait-elle s'exprimer publiquement et si oui quand et comment sur les crimes de guerre dont son personnel était témoin, et sur les effets de la politique de terreur menée contre le peuple tchétchène ?
Communiqués de presse, rapports internes, récits du personnel et articles de presse de l’époque, permettent d’examiner les défis relevés par les équipes MSF, systématiquement empêchées par les autorités russes d’accéder aux populations dans le besoin, s’appuyant uniquement sur le personnel local, formé à distance. Lorsque des membres de son personnel sont kidnappés, MSF se retrouve face à un nouveau dilemme : faut-il prendre la parole publiquement ou bien faire profil bas jusqu'à leur libération ?
Épisode 1 : La première guerre de Tchétchénie
La première guerre d'indépendance de la Tchétchénie contre la Fédération de Russie commence en 1994 et dure deux ans au cours desquels l'accès est régulièrement bloqué par les forces russes. MSF alimente la presse en informations sur la détérioration rapide des conditions et le refus des autorités russes de donner l'accès à de nombreuses régions du pays à ses équipes.
Crédits photo : © Generic MSF
Épisode 2 : Loin de la paix
Fin 1999, alors que la Tchétchénie et sa population peinent encore à se relever, la guerre reprend. Dans les médias, le président russe Boris Yeltsine parle d’un plan de paix mais ses forces armées mènent une impitoyable campagne de bombardements sur les villages tenus par les rebelles dans le sud du pays. Les sections MSF sont, elles, unies dans une même volonté de raconter ce que leur personnel a pu voir avant d’être forcé à quitter la région. Quel est alors le meilleur moyen d’attirer l’attention du monde sur les souffrances de la population tchétchène, sans mettre en danger le personnel national qui continue de travailler dans le sud de la Tchétchénie ?
Crédits photo : © Olivier Jobard/MYOP
Épisode 3 : Plaidoyer sans accès
Alors que la Fédération de Russie qualifie son intervention en Tchétchénie d’ « opération anti-terroriste », MSF décide de profiter de la cérémonie de réception du prix Nobel de la paix pour alerter la communauté internationale et solliciter son intervention. Mais dans une Tchétchénie ravagée par une guerre totale, les équipes de MSF sont confrontées à de graves problèmes de sécurité. Elles s’engagent alors dans le soutien aux populations tchétchènes réfugiées dans les républiques voisines, et y recueillent des témoignages de première main. Les opérations en Tchétchénie sont menées par du personnel local, formé, encadré et soutenu à distance par des équipes internationales présentes dans la région.
MSF est dans une situation difficile qui soulève de nombreuses questions : doit-elle s'exprimer publiquement en s’appuyant sur des récits de réfugiés, bien qu’elle n’ait plus aucune activité opérationnelle en Tchétchénie ? Face à un régime qui nie mener une guerre en Tchétchénie, est-il utile de déployer des efforts pour obtenir cette qualification ? Est-ce véritablement le rôle de MSF de plaider pour cette qualification ?
Crédits photo : © Sandra Aslaksen
Épisode 4: Un retour prudent en Tchétchénie
Tout au long de l’année 2000, MSF s’empare de toutes les occasions pour évoquer la guerre en Tchétchénie auprès des gouvernements et des institutions du monde entier, mais elle n’obtient de leur part qu’une condamnation formelle générale sans aucune action concrète. Les questionnements quant à la légitimité de l’organisation à s’exprimer publiquement alors que ses projets sont pilotés à distance persistent. Une des sections de MSF commence à entreprendre, depuis le Daguestan, des voyages en Tchétchénie non autorisés et dangereux afin de distribuer des articles de première nécessité. Par ailleurs, MSF est attaquée dans les médias russes, et se demande s’il lui faut ignorer les accusations d’espionnage qui sont régulièrement lancées contre elle ou y répondre.
Crédits photo : © Gazelle Gaignaire
Épisode 5 : Sur la même longueur d’onde
Les opérations de MSF en Tchétchénie reprennent lentement, après trois ans de pilotage à distance. Les bombardements ont cessé, permettant un accès restreint aux populations, mais l'insécurité demeure omniprésente et la reprise de ces programmes n'est pas sans risque. Avec le retour d'une équipe internationale en Tchétchénie, tout le monde s'accorde sur la nécessité de mieux documenter la situation. Le rapport "Tchétchénie : La politique de la terreur" est rendu public lors d'une conférence de presse. Les différentes sections de MSF s’accordent sur une stratégie média commune pour faire sortir l'information de Tchétchénie et la diffuser, en particulier dans les médias russes.
Crédits photo : © Eric Bouvet
Épisode 6: Kidnappé par erreur
Les kidnappings sont de plus en plus fréquents en Tchétchénie et plusieurs membres du personnel national de MSF sont retenus pour des interrogatoires. Début 2001, un membre clé de l’équipe MSF dans le Caucase du Nord est enlevé et la question d’un lien entre la décision de MSF de s’exprimer dans les médias et cet enlèvement est posée. MSF est confrontée au dilemme suivant : lorsqu’un membre de son personnel est pris en otage, faut-il s'exprimer dans les médias pour lui donner une visibilité qui le protègerait ? Ou au contraire, opter pour la discrétion afin d’éviter d’accroître sa « valeur marchande » ? Est-il judicieux de prendre des mesures actives pour obtenir la libération de l'otage telles que dénoncer publiquement les responsabilités, la négligence, voire la complicité du gouvernement contrôlant le territoire sur lequel s’est déroulé l’enlèvement ?
Crédits photo : © Eddy Van Wessel
Épisode 7 : Rhétorique anti-terroriste
Les interventions de MSF ont été suspendues en Tchétchénie suite à l’enlèvement du coordinateur de MSF. Il est libéré trois semaines plus tard. MSF tente alors de relancer ses opérations en Tchétchénie, mais est retardée par des problèmes de sécurité. Pour l'instant, ses rares programmes dans le pays sont ceux gérés à distance depuis le Daguestan. La plupart des employés de MSF dans le Caucase sont favorables au retour de l’organisation en Tchétchénie. Ils encouragent MSF à prendre la parole dans les médias. Parallèlement, dans une déclaration faite après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, Vladimir Poutine, le président de la Fédération de Russie compare les opérations militaires russes en Tchétchénie à la guerre anti-terroriste déclarée par le gouvernement étasunien.
Après les événements du 11 septembre 2001, l’attitude et le regard de l’occident vis-à-vis de la Russie deviennent plus complaisants, ce qui affaiblit l'impact des efforts de MSF pour sensibiliser au sort des populations tchétchènes.
Crédits photo : © Olivier Jobard
Épisode 8 : Stratégie délibérée de non-assistance
En août 2002, les menaces contre MSF se concrétisent. Un coordinateur Néerlandais travaillant pour la section suisse, est enlevé au Daguestan. L'organisation est une nouvelle fois confrontée au dilemme de savoir comment et quand s'exprimer sur la situation dans le Caucase du Nord alors qu’un de ses membres est otage. MSF choisit d’abord de garder le silence, mais alors que les semaines deviennent des mois et que l’otage n'est toujours pas libéré, de nouveau elle commence à se demander si elle doit agir elle-même en mettant publiquement en lumière les responsabilités, la négligence, voire la complicité du gouvernement qui contrôle le territoire où s’est déroulé l’enlèvement ? Ou bien est-il préférable de s’en abstenir afin d’éviter que ce gouvernement ne se braque ? Les tensions montent entre MSF, les autorités néerlandaises et la famille de l'otage.
Crédits photo : © Simon Norfolk
Épisode 9: Enlèvement et prise de parole
En août 2002, les menaces contre MSF se concrétisent. Un coordinateur Néerlandais travaillant pour la section suisse, est enlevé au Daguestan. L'organisation est une nouvelle fois confrontée au dilemme de savoir comment et quand s'exprimer sur la situation dans le Caucase du Nord alors qu’un de ses membres est otage. MSF choisit d’abord de garder le silence, mais alors que les semaines deviennent des mois et que l’otage n'est toujours pas libéré, de nouveau elle commence à se demander si elle doit agir elle-même en mettant publiquement en lumière les responsabilités, la négligence, voire la complicité du gouvernement qui contrôle le territoire où s’est déroulé l’enlèvement ? Ou bien est-il préférable de s’en abstenir afin d’éviter que ce gouvernement ne se braque ? Les tensions montent entre MSF, les autorités néerlandaises et la famille de l'otage.
Crédits photo : © Michael Yassukovich