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A picture of MSF supported Department of health pharmacy at Daraya health facility, Rural Damascus.
Rapport international d'activités 2025

Nous devons investir dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens pour sauver la vie et l'intégrité physique des individus dans les conflits

Un professionnel de santé prend un médicament dans la pharmacie soutenue par MSF du centre de santé de Daraya. Gouvernorat de Rif-Damas, Syrie, novembre 2025.
© Zahra Shoukat/MSF

Dans les 72 pays où Médecins Sans Frontières (MSF) est intervenue en 2025, environ un tiers de nos projets étaient en zones de guerre. Répondre aux besoins des personnes prises au piège des conflits est au cœur de nos opérations depuis que nous avons commencé à soigner les gens blessés pendant la guerre civile libanaise, il y a 50 ans. Plus récemment, nos équipes ont encore affiné des décennies d’expérience et de savoir-faire acquis lors des conflits en Irak, au Soudan, au Yémen, en Afghanistan et en Palestine. 

Dans ces pays, mes collègues ont soigné des blessures extrêmement graves, dont des lésions causées par des éclats d’obus dans les membres à la suite d’explosions et des fractures dues à des balles réelles. Nous travaillons toujours activement dans tous ces pays. 

En plus de la prise en soin des blessures physiques et psychologiques liées au conflit, nous faisons face avec ce type de blessures à une autre menace plus insidieuse pour la santé : les infections résistantes aux antimicrobiens. 

La résistance aux antimicrobiens (RAM) survient lorsque des bactéries, virus, champignons ou parasites connaissent des mutations qui réduisent l’efficacité des médicaments utilisés pour traiter les infections, comme les antibiotiques. Les infections deviennent alors plus difficiles à traiter et durent plus longtemps. Elles sont davantage susceptibles de se propager, de causer des maladies graves, d’entraîner des amputations, voire la mort.   

Les infections deviennent alors plus difficiles à traiter et durent plus longtemps. Elles sont davantage susceptibles de se propager, de causer des maladies graves, d’entraîner des amputations, voire la mort.

Les principaux facteurs à l’origine de ces infections résistantes aux médicaments sont le manque d’accès à l’eau potable, à un assainissement approprié, et à des soins comprenant mesures efficaces de prévention et contrôle des infections, infrastructures de diagnostic, médicaments et vaccins. La surutilisation ou l’utilisation abusive des antibiotiques pose aussi problème. Nous l’avons vu dans de nombreux endroits où nous travaillons. Par exemple dans des pays d’Asie du Sud-Ouest1 comme l’Irak, les antibiotiques sont souvent disponibles en vente libre, plutôt que sur prescription médicale uniquement. À Gaza, en Palestine, des échantillons prélevés six mois avant et après les manifestations de la « Grande marche du retour » en 2018 et 2019 ont révélé une hausse vertigineuse de 300% de la résistance aux antibiotiques dans les cultures osseuses et tissulaires.2 

Les pays à revenu faible et intermédiaire portent un fardeau disproportionné de RAM, et les conflits ne font qu’aggraver encore les facteurs qui la favorisent.3 En effet, dans ces contextes, le système immunitaire des individus peut être affaibli par le stress et la malnutrition, ce qui les rend plus vulnérables aux infections. La surpopulation dans les camps de personnes réfugiées et déplacées favorise aussi la propagation des bactéries résistantes. De plus, les structures de santé y sont souvent détruites ou endommagées et manquent de personnel qualifié, d’outils de diagnostic et de médicaments, y compris d’antibiotiques. En 2025, un hôpital en Ukraine a dû recourir à un antibiotique à large spectre lors d’une intervention chirurgicale au lieu de la formulation recommandée, car cet antibiotique avait été donné et était disponible librement. 

Les systèmes de santé étant affaiblis par la guerre, les campagnes de vaccination sont souvent interrompues et la surveillance des maladies peut passer à la trappe. Il est alors plus difficile de prévenir et détecter les épidémies, de suivre les schémas de résistance et de prendre des décisions thérapeutiques.  

A trainee examines handwashing effectiveness under UV light during an infection prevention and control training session. The learning is part of the MSF Academy’s basic clinical nursing care programme.
Al-Hodeidah governorate – Yemen.
Un infirmier stagiaire utilise une lumière ultraviolette pour examiner ses mains et vérifier l’efficacité du lavage des mains lors d’une session de formation à la prévention et au contrôle des infections, dans le cadre du programme de soins infirmiers cliniques de base de l’Académie MSF pour les soins de santé à Ad-Dahi. Yémen, avril 2025.
MSF

Comment MSF réagit-elle face à la RAM ? Comment devrions-nous réagir, en particulier en zones de conflits ?  

Notre action face à la RAM s’articule autour de trois piliers complémentaires. Le premier, la prévention et contrôle des infections, vise à réduire autant que possible la propagation des bactéries. Le deuxième, le bon usage des antimicrobiens, garantit que le bon antimicrobien, ou antibiotique, est utilisé à la bonne dose et pendant la bonne durée, pour traiter l’infection. Le troisième pilier, le diagnostic et la surveillance, représente l’un des plus grands défis de la lutte contre la RAM.  

Ces dernières années, le diagnostic et la surveillance se sont améliorés grâce à l’introduction du MiniLab et d’Antibiogo. Le MiniLab est un laboratoire de bactériologie portable et simplifié, adapté aux milieux à faibles ressources. Antibiogo est un outil de diagnostic que le personnel de laboratoire non spécialisé peut utiliser pour réaliser et interpréter des antibiogrammes, c’est-à-dire les tests qui permettent de déterminer la sensibilité des bactéries à différents antibiotiques.

Nous renforçons ces activités fondamentales par la promotion de la santé, la vaccination, l’amélioration de l’eau et l’assainissement, le plaidoyer et la recherche opérationnelle.  

Mais il est souvent difficile de mettre en œuvre toutes ces mesures dans des zones de conflit actif. Notre travail intervient surtout après les conflits, quand nous pouvons aider à reconstruire les laboratoires, donner des fournitures aux pharmacies et renforcer le bon usage des antimicrobiens.  

Or, pour être plus efficaces, ces activités devraient être appliquées en amont des conflits. Cela implique d’investir dans la lutte contre la RAM dans les contextes fragiles en améliorant l’accès aux soins, à l’eau et l’assainissement, ainsi qu’à la vaccination. Mais pas seulement.

Or, pour être plus efficaces, ces activités devraient être appliquées en amont des conflits. Cela implique d’investir dans la lutte contre la RAM dans les contextes fragiles en améliorant l’accès aux soins, à l’eau et l’assainissement, ainsi qu’à la vaccination. Mais pas seulement. Nous devons aussi adapter la prévention des infections et le bon usage des antimicrobiens aux réalités locales, et renforcer la microbiologie de base pour identifier les bactéries résistantes déjà présentes. Cela nous permettrait d’élaborer des recommandations thérapeutiques pratiques et d’avoir une meilleure préparation quand le conflit éclate.

Dans certaines régions, comme à Gaza, MSF était mieux préparée à prendre en soin des personnes blessées avec des traumatismes complexes. En effet, nous disposions déjà de personnel médical formé et avions accès aux données microbiologiques. Par contre, dans certaines zones du Soudan, nous n’avions pas développé ce niveau d’expertise et de connaissance locale. Dans beaucoup de pays où nous intervenons, comme en RDC, il faut des investissements plus importants. Certains pays n’ont pas de plan national de lutte contre la RAM. D’autres disposent d’un plan mais manquent de ressources pour le mettre en œuvre.

Dans tous les projets que nous menons dans des zones exposées aux conflits et à l’instabilité, nous prévoyons de renforcer notre réponse à la RAM. Nous élaborons des lignes directrices simplifiées, adaptons les outils aux situations de conflit et renforçons les capacités en microbiologie dans les contextes fragiles. Cet investissement plus large dans la préparation à la RAM est essentiel pour améliorer les résultats chez les personnes souffrant de traumatismes mettant en jeu leur survie.  

La RAM est un enjeu mondial qui ne connaît pas de frontières. Pour être efficace, la prévention doit donc être menée à l’échelle mondiale. Les investissements destinés à lutter contre la RAM dans les contextes fragiles ont dès lors une importance capitale. 

  • L'Asie du Sud-Ouest est la région que l'on désigne le plus souvent sous le nom de « Moyen-Orient ». 

  • Qamar, A. K. A.; Habboub, T. M.; Elmanama, A. A., Antimicrobial Resistance of Bacteria Isolated at the European Gaza Hospital before and after the Great March of Return Protests: A Retrospective Study. The Lancet 2022, 399, S14. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(22)01149-7

  • Rapport de MSF. The broken lens; Antimicrobial resistance in humanitarian settings, https://www.msf.org/broken-lens-antimicrobial-resistance-humanitarian-settings [en anglais]