Protesters demonstrate outside Supreme Court in Pretoria, South Africa Monday March 5, 2001
Rapport international d'activités 2019

Campagne d'accès : 20 ans de plaidoyer en action

Les équipes médicales de Médecins Sans Frontières font face depuis longtemps à des difficultés pour obtenir des traitements efficaces et abordables pour leurs patients. À la fin des années 1990, de plus en plus frustrée de voir des personnes mourir de maladies curables, MSF a commencé à documenter le problème et à se joindre à des groupes de patients pour dénoncer la situation avec force, et exiger des mesures. 

En 1999, MSF a publiquement lancé la Campagne pour l'accès aux médicaments essentiels, devenue depuis la Campagne d'accès, pour lutter contre les obstacles politiques et juridiques qui entravent l’accès à des traitements dont les gens dans les communautés où nous travaillons et au-delà ont besoin. Cette même année, MSF a reçu le Prix Nobel de la paix et a dédié ce fonds pour améliorer les traitements et stimuler la recherche sur les maladies négligées, dans le cadre des activités de la Campagne. 

À l'époque, l'épidémie de VIH/sida faisait rage dans le monde entier. Des médicaments antirétroviraux vitaux avaient transformé le VIH en une pathologie chronique gérable dans les pays riches. Mais, leur prix les rendait inabordables dans les autres pays. De plus, pour des maladies négligées telles que la tuberculose, le paludisme et la maladie du sommeil, les traitements étaient soit inexistants, soit inefficaces, toxiques ou peu adaptés aux contextes dans lesquels nous travaillons. 

Pendant 20 ans, MSF a œuvré avec la société civile pour que les laboratoires pharmaceutiques, les gouvernements et d'autres fassent passer la vie et la santé des gens avant les brevets et les profits. Le mouvement pour l'accès aux médicaments a brisé le monopole des brevets ouvrant ainsi la voie à la production de génériques et à la concurrence pour les antirétroviraux. Les prix ont dès lors chuté de 99 % en 10 ans. Ce succès et d’autres pour l'hépatite C, le paludisme, la pneumonie, la maladie du sommeil et la TB sont retracés dans ces pages. 

Cependant, nombre de nouveaux médicaments, outils de diagnostic et vaccins sont vendus de plus en plus cher, les monopoles se renforcent et nous manquons toujours de moyens pour lutter contre la résistance croissante aux agents antimicrobiens et des épidémies notamment d'Ebola et de COVID-19. À travers sa Campagne d'accès, MSF continue de plaider pour une refonte de l'écosystème de l'innovation médicale afin qu'il réponde mieux aux besoins sanitaires de nos patients. Par exemple, la recherche médicale étant largement financée par les gouvernements, MSF exige plus de transparence sur les coûts de développement et de production de médicaments, ainsi qu’un renforcement du rôle du secteur public pour garantir que les médicaments soient abordables et accessibles. 

La crise de l'accès aux médicaments et de l'innovation n'affecte plus seulement les pays en développement. Elle est aujourd’hui mondiale. Notre slogan, « Les médicaments ne devraient pas être un luxe » reste d'actualité. Ensemble, nous devons intensifier nos efforts pour étendre l'accès des populations à des outils de santé vitaux.  

Uganda - Tom Stoddart - 1999-2000
2001 : Relancer les traitements contre la maladie du sommeil. À la fin des années 1990, les rares médicaments utilisés pour traiter la maladie du sommeil risquaient de ne plus être produits – ou étaient déjà épuisés. Les Laboratoires pharmaceutiques les jugeaient non rentables. Or, sans traitement, cette maladie est mortelle. Après de longues négociations avec MSF et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Aventis a accepté de relancer la production d'eflornithine. MSF a aussi contribué à convaincre Bayer de reprendre la production de deux autres médicaments utilisés contre cette maladie.  Photo: Une infirmière de MSF au Centre de traitement de la maladie du sommeil à Omugo, Ouganda.
Tom Stoddart/Getty
« L'atmosphère à l'hôpital où nous soignions les cas de maladie du sommeil était très tendue car parmi nos patients, 1 sur 20 mourait simplement de la toxicité du traitement. Je n'ai cessé de me battre depuis, soit plus de 35 ans, pour tenter d'offrir quelque chose de mieux à ces patients. » Déclaration du Dr Bernard Pécoul, premier directeur exécutif de la Campagne d'accès de MSF
media:orange_logic_image:e628f304-4c7c-44a0-89e6-ce86ee5073ab
2003 : Campagne « Act Now » contre le paludisme. Dans les années 1990, des équipes médicales de MSF ont commencé à observer une baisse d'efficacité de la chloroquine (un antipaludéen introduit dans les années 1940). À l'époque, le paludisme tuait de 1 à 2 millions de personnes chaque année. Après avoir mené des études pour documenter cette résistance, MSF a lancé la campagne «Act Now[Agir maintenant] » pour exhorter les pays à introduire une combinaison thérapeutique à base d'artémisinine (ACT). Cela a poussé l'OMS à réviser ses lignes directrices et conduit à une plus large utilisation des ACT. Photo: Dépistage du paludisme chez un enfant dans le delta du Niger, Nigeria. ​​​​​​​
Remco Bohle
Accès aux médicaments/DPI
2006 : Ne fermez pas la pharmacie du monde en développement. Le laboratoire pharmaceutique suisse Novartis entame une action juridique pour vider de son sens la section 3 (d) de la loi indienne sur les brevets. Une victoire de Novartis aurait mis fin aux possibilités d'acheter en Inde de nouveaux médicaments abordables dont dépendent des millions de personnes à travers le monde.   La campagne de MSF « Novartis, drop the case [abandonnez les poursuites] ! » a recueilli près d'un million de signatures, dont celle de l'Archevêque Desmond Tutu. Novartis a perdu l’affaire et fait appel devant la Cour suprême, mais la décision rendue contre l'entreprise a finalement été confirmée en 2013.  Photo: Manifestations à la suite de la première attaque en justice de Novartis contre la production de médicaments abordables, New Delhi, Inde. 
Sheila Shettle
Nous avons fait tout ce que nous pouvions, nous avons jeté l'opprobre sur Novartis, nous avons participé à des assemblées d'actionnaires, nous avons manifesté contre eux, nous avons remis des pétitions. Je me souviens que j'étais enceinte jusqu'aux yeux, qu'il faisait très chaud et que nous marchions vers le tribunal, tellement déterminés. Tout ce que nous avions, c'était nos voix. Leena Menghaney, avocate, Campagne d'accès de MSF, Inde
Vaccins
2015: Campagne « A Fair Shot » pour des vaccins abordables. MSF lance la campagne « A Fair Shot [l’injuste prix] » appelant Pfizer et GSK à réduire à 5 USD par enfant le prix du vaccin contre le pneumocoque – le plus cher administré aux enfants. En 2016, un prix de 9 USD par enfant est offert aux organisations humanitaires telles que MSF, pour un usage en cas d'urgences. Mais des millions d'enfants ne sont pas immunisés dans des pays où le vaccin reste trop cher. Nous continuons de réclamer un prix abordable pour tous les pays à revenu faible et intermédiaire. Photo: Vaccination d'un enfant au camp de réfugiés d'Elliniko, Grèce 
Pierre-Yves Bernard/MSF
Cambodia Hep-C
2013: Baisse des prix des médicaments contre l'hépatite C. Les médicaments actuels contre l'hépatite C sont très efficaces mais leur prix élevé les rend in abordables, surtout dans les pays à revenu intermédiaire. MSF et d'autres groupes de la société civile ont remis en question les brevets et fait pression sur les laboratoires pharmaceutiques pour qu’ils baissent leurs prix. En 2017, MSF a obtenu 120 USD par traitement de 12 semaines, soit moins du dixième du prix que nous payions auparavant et un montant très inférieur au prix de lancement commercial de 147’000 USD. MSF a augmenté le nombre de patients admis en traitement contre l'hépatite C et plaidé pour que tous les gouvernements bénéficient du même rabais. Photo: Une patiente avec son médicament dans la main au centre hépatite C de MSF à l'hôpital Preah Kossamak à Phnom Penh, Cambodge, avril 2017.
Todd Brown
« Nous cherchions désespérément un traitement partout. Des personnes m'ont vanté les mérites d'un nouveau traitement à Singapour pour 10’000 USD ou au Vietnam pour 8’000 USD. Pour être soigné, je devais vendre ma maison. J'ai donc décidé d'attendre et, si je mourais, eh bien, au moins mes enfants auraient un toit. Je suis très reconnaissant d'avoir reçu ce traitement de MSF. Cela donne à mes enfants de l'espoir et la chance d’avoir toujours leur père lorsqu'ils seront adultes. » Din Savorn, officier de police, maintenant guéri de l'hépatite C, Phnom Penh, Cambodge
50th Union World Conference on Lung Health - Protest
2019: Un accès abordable aux antituberculeux.  MSF s'est joint aux militants et à la société civile du monde entier pour exiger que des médicaments cruciaux pour traiter la TB résistante (TB-R) soient abordables. La TB-R reste extrêmement difficile à soigner. Les traitements, onéreux, ont de graves effets secondaires pour de faibles taux de guérison. En 2019, MSF a lancé une campagne mondiale appelant la compagnie pharmaceutique Johnson & Johnson (J&J) à baisser le prix de la bédaquiline, l'antituberculeux qu'elle produit, à un dollar US maximum par jour, pour tous les patients dans le monde, afin d'en soigner un plus grand nombre et de réduire la mortalité.   Photo: Des groupes de la société civile manifestent contre le prix élevé d'antituberculeux vitaux, Hyderabad, Inde.
Siddharth Singh/MSF
La page suivante
Médecins Sans Frontières