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The Sudd is a vast swamp extending from Bor to Malakal.

Le Sudd est un vaste marécage s'étendant de la ville de Bor à celle de Malakal.
© Frederic NOY/COSMOS

Un hôpital dans les marécages

© Frederic NOY/COSMOS
Responding to war in Ukraine
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Soigner les patients à Old Fangak, l’une des zones les plus reculées du Soudan du Sud.

La guerre a contraint près d’un tiers de la population du Soudan du Sud à fuir leurs maisons. Alors que beaucoup espéraient que le Soudan du Sud connaîtrait la paix après avoir déclaré son indépendance face au Soudan en 2011, un autre conflit a éclaté en 2013 entre factions dans le pays naissant. À Old Fangak - l’une des seize zones du Soudan du Sud où MSF fournit des soins - MSF porte assistance aux populations vivant le long du Nil blanc et de la rivière Phow, où la terre se transforme en marécage géant durant la saison des pluies, de mai à octobre chaque année. La difficulté d’accès à cette zone en a fait un refuge pour les personnes qui fuient les combats.

Camille, MSF's midwife from Old Fangak, checks the labor of Martha Nyakueth, a 36-year-old patient, by putting her hand on her belly, while the boat called for an emergency is rushing to Old Fangak. Pain-ridded with pain and contractions, the young woman is lying at the bottom of the boat, leaning on a bench. Martha already has five children, one girl and four boys, while she has already lost two. Her sister, Nyajine Riek (left) accompanies her for support. Sitting in the middle, the translator listens to the conversation despite the sound of the engine.

Camille, la sage femme de l'hôpital MSF de Old Fangak contrôle le travail de Martha Nyakueth, une patiente de 36 ans, en posant sa main sur son ventre, tandis que le bateau appelé en urgence pour la récupérer fonce à pleine vitesse vers Old Fangak. Perclus de douleur et de contractions, la jeune femme est couché au fond de l’embarcation, appuyée sur un banc. Martha est déjà mère de 5 enfants, une fille et quatre garçons, tandis qu’elle en a déjà perdu 2. Sa soeur, Nyajine Riek (gauche) l’accompagne pour la soutenir. Assis au milieu, le traducteur tend l’oreille pour entendre la conversation malgré le bruit du moteur.
Une sage-femme de MSF prend soin d’une femme enceinte dans le bateau qui les emmène à l’hôpital d’Old Fangak.
Frederic NOY/COSMOS
In the emergency room of the MSF hospital in Old Fangak, a large tent, almost all the MSF medical team is trying to resuscitate a newborn baby, just out of his mother's womb, taken to the hospital on an emergency basis in a speed boat. From left to right: Delphine Jacquet, nurse, Dr. Mustafa Alajeeli. The newborn will not survive.

Aux urgences de l'hôpital MSF de Old Fangak, une vaste tente, une grande partie de l’équipe médicale de MSF tente de réanimer un nouveau-né, tout juste sorti du ventre de sa mère, emmenée en urgence à la clinique, en hors-bord. De gauche à droite : Delphine Jacquet, infirmière, le docteur Mustafa Alajeeli. Le nouveau né ne survivra pas.
Une équipe médicale de MSF tente de réanimer le nouveau-né suite à des complications durant l’accouchement qui s’est déroulé dans le bateau.
Frederic NOY/COSMOS
During the morning and daily tour, in the pediatric ward of the Old Fangak hospital, Dr. Alexander Nyman takes the pulse of Nyapa Bidit, a 4-month-old girl in her mother's arms. She has been admitted to the ward for 11 days with a respiratory infection and malaria. The oxygen content in the blood is low. The mother walked 14 hours from the village of Paguir to reach the clinic.

Durant la tournée matinale et quotidienne, dans le service pédiatrique de l'hôpital de Old Fangak, le docteur Alexander Nyman relève le pouls de Nyapa Bidit, une fillette de 4 mois que sa mère tient dans les bras. Elle est admise dans le service depuis 11 jours avec une infection respiratoire et la malaria. La teneur en oxygène dans le sang est faible. La mère à marché 14 heures depuis le village de Paguir pour atteindre l'hôpital.
Nyapa Bidit, petite fille de quatre mois, a été hospitalisée onze jours pour une infection respiratoire et le paludisme. Sa mère l’a portée quatorze heures pour l’amener du village de Paguir à l’hôpital.
© Frederic NOY/COSMOS
Consultation in the pre-natal ward of the Old Fangak hospital.

Consultation dans la salle du service pré-natal de l'hôpital de Old Fangak.
Une consultation médicale dans l’unité prénatale de l’hôpital d’Old Fangak.
Frederic NOY/COSMOS
Camille, MSF midwife, head of the maternity ward at the Old Fangak hospital, looks through the mosquito net at the twins curled up in their mother's arms, whom she helped bring to life a few days earlier. 

Camille, sage femme MSF, responsable du service maternité de l'hôpital de Old Fangak, contemple, à travers la moustiquaire, les jumeaux recroquevillés dans les bras de leur mère,  qu’elle a contribué à mettre au monde quelques jours plus tôt.
Camille Le Bihan, sage-femme de MSF, avec la mère de deux jumeaux plusieurs jours après leur naissance dans la maternité.
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Dans cette zone du Soudan du Sud, les habitants subsistent grâce à l’élevage de bétail, à la pêche, à la culture de céréales, notamment de maïs, et au petit commerce. Le conflit a réduit la superficie de pâturage pour le bétail et perturbé les quelques écoles et cliniques existantes auxquelles la population avait accès. « La vie de beaucoup de personnes a été totalement bouleversée », explique Michael Parker qui a été coordinateur du projet à Old Fangak, puis chef adjoint de mission. Beaucoup dépendent des parachutages de nourriture d’urgence menés par les agences humanitaires.

A natural dock at Old Fangak. Residents cross an arm of the Phow River and dock to get to the city. The children come to swim or to bathe, while further, it is the women who make their ablutions out of sight and return home, with a bucket of water on their head. This water will be used for domestic tasks.

Un quai naturel à Old Fangak. Des habitants y traversent un bras de la rivière Phow et accostent pour se rendre à la ville. Les enfants viennent s’y laver ou s’y baigner, tandis que plus loin, ce sont les femmes qui à l’abri des regards font leurs ablutions et rentrent chez elle, un baquet d’eau sur la tête. Cette eau servira aux tâches domestiques.
La rive de la rivière Phow, où les passagers débarquent pour se rendre en ville.
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L’accès aux soins est très limité et l’hôpital de MSF à Old Fangak est souvent le seul endroit où les habitants de la région peuvent recevoir des soins pour des problèmes graves. « Les patients viennent souvent de villages reculés et doivent marcher des heures sous la pluie, en plein soleil et dans la boue pour atteindre l’hôpital, alors que d’autres sont transportés sur des brancards classiques », raconte Aamir Jamal, coordinateur du projet de MSF à Old Fangak.

La durée du trajet rend l’accès aux soins particulièrement difficile pour les patients nécessitant des soins d’urgence, en particulier les femmes présentant des complications à l’accouchement. « Dans cette zone, il est habituel que les femmes accouchent à la maison assistées d’une accoucheuse traditionnelle, ce qui signifie qu’elles ne reçoivent pas nécessairement de soins prénataux et que les complications ne peuvent être anticipées », explique le Dr. Adi Nadimpalli, coordinateur médical de MSF au Soudan du Sud. « Nous travaillons beaucoup au sein de la communauté pour encourager les femmes à recevoir des soins prénataux et à accoucher à l’hôpital parce que c’est plus sûr pour la mère et le bébé. »

MSF a agrandi l’hôpital, qui compte désormais 41 lits, et a ajouté une unité de chirurgie en décembre 2017, réalisant 82 interventions chirurgicales rien que durant le premier mois. Le bloc opératoire et le reste de l’hôpital ont été réhabilités pour répondre aux besoins médicaux dans des conditions environnementales difficiles. En juillet 2018, MSF prévoit de mettre fin au programme chirurgical à Old Fangak, mais de maintenir le bloc opératoire afin de pouvoir répondre aux afflux massifs de blessés.

The pediatric ward of the Old Fangak hospital during the day. Mothers are stay for days or even weeks with their children. Sometimes they had to walk several days to reach the hospital.

Le service pédiatrique de l'hôpital de Old Fangak, en journée. Des mères sont installées depuis des jours, voire plusieurs semaines, avec leurs enfants. Parfois, elles ont dû marcher plusieurs journées pour atteindre l'hôpital.
Les mères restent avec leurs enfants dans le service de pédiatrie de l’hôpital d’Old Fangak.
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Chaque année, la saison des pluies entraîne d’importants problèmes logistiques. L’établissement doit être approvisionné par barge durant de nombreuses semaines. Les membres du personnel MSF doivent être aéroportés (lorsque la piste d’atterrissage est sèche) ou hélitreuillés. Ces dernières années, l’enceinte de l’hôpital a été entièrement inondée à de nombreuses reprises, ce qui a poussé MSF à construire des plateformes surélevées pour les différents services et les locaux du personnel. « Les tentes de l’hôpital sont installées sur des plateformes de 80 centimètres de haut, et des voies de passage en béton ont été construites pour accéder aux différentes unités et structures au sein de l’hôpital », explique Jamal. « Autour de la zone, la communauté locale a construit une digue pour protéger le village des crues de la rivière. »

Richard Bigabwa, the anesthesiologist injects the product to anesthetize the very first patient of the new MSF surgical team in Old Fangak hospital. The 38-year-old female patient, has an infected left foot. Everything started with an insect bite that developed into a sore, then into a small wound, before an allergy turned it into a wound. Today the foot has taken such a proportion that it is necessary to clean out the wound. Old Fangak offers one of the rare sites of access to the surgery for the inhabitants of this region of South Sudan.

Richard Bigabwa, l’anesthésiste injecte le produit pour anesthésier la toute première patiente du bloc chirurgical de Od Fangak.
C'est la première opération de la nouvelle équipe chirurgicale de MSF à l'hôpital Old Fangak. La patiente de 38 ans a le pied gauche infecté. Tout est parti d’un piqûre d’insecte qui s'est transformé en plaie, puis en petite blessure, avant qu’une allergie ne transforme le tout en blessure. Aujourd’hui le pied a pris une telle proportion qu’il faut curer la plaie. Old Fangak offre l'un des rares sites d'accès à la chirurgie pour les habitants de cette région du Sud-Soudan.
L’anesthésiste de MSF, Richard Bigabwa, anesthésie une patiente en vue d’une intervention chirurgicale à l’hôpital d’Old Fangak. La patiente est âgée de 38 ans et souffre d’une infection au pied gauche.
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Les habitants des villages reculés ne peuvent pas toujours se rendre à l’hôpital par leurs propres moyens, ou ignorent que des soins sont disponibles pour leurs problèmes de santé. Se déplaçant en hors-bord, les équipes de MSF gèrent des cliniques mobiles dans environ dix communautés le long de la rivière Phow et du Nil blanc. « Les opérations de proximité sont essentielles », explique Michael Parker. « En nous rendant dans les communautés, nous comprenons ce qui se passe et emmenons les personnes, en particulier les femmes enceintes présentant des complications, qui nécessitent des soins à l’hôpital. » Souvent, les équipes procèdent également à des vaccinations de routine pour les enfants (programme élargi de vaccination - PEV) et se renseignent sur d’éventuels cas de maladies contagieuses, telles que la rougeole ou la diarrhée aqueuse aiguë. « Il est important de s’impliquer auprès des communautés dans ces zones difficiles d’accès », explique le Dr. Nadimpalli. « Nous avons également établi une sorte de communication radio avec certains villages et leur avons demandé de nous appeler lorsqu’il y a un problème afin que nous sachions si nous devons envoyer un bateau pour aller chercher certains patients. »

On the banks of the White Nile, Dr. Mustafa Alajeeli examines a boy during the mobile clinic held in the village of Diehl. MSF moved to a village square for its weekly visit every Monday after a two-hour fast boat trip from Old Fangak town.

Sur les bords du Nil Blanc, le docteur Mustafa Alajeeli ausculte un garçonnet durant la clinique mobile tenue dans le village de Diehl. MSF s’installe sur une place du village pour sa visite hebdomadaire, chaque Lundi, après un voyage de deux heures en bateau rapide depuis la ville de Old Fangak, plus au Sud.
Un médecin de MSF examine un petit garçon au sein d’une clinique mobile dans le village de Diehl, à deux heures en hors-bord d’Old Fangak.
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Dr. Mustafa Alajeeli examines a patient during a mobile clinic held every Monday, in the village of Diehl, on the bank of the White Nile, two hours by speed boat from Old Fangak.

Docteur Mustafa Alajeeli ausculte un homme durant la clinique mobile tenue tous les lundis, dans le village de Diehl, sur la rive du Nil Blanc, à deux heures en bateau rapide de Old Fangak.
Le Dr. Mustafa Alajeeli examine un patient au sein d’une clinique mobile dans le village de Diehl.
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An MSF mobile clinic team travels down the Phow River (or Bahr El Zaraf, giraffe in Arabic), a tributary of the White Nile, in Jonglei State, 100 km south of the city of Malakal. There are no roads to access patients, only the boat. The trip will last two hours, to the village of Diehl. The team consists of Dr. Mustafa Alajeeli, Mut - a nurse, Maturich - the drug dispenser, Lam - registration, Kuang - pilot and Rigobert Leylo - outreach manager.

Une équipe de clinique mobile de MSF descend la rivière rivière Phow (ou Bahr El Zaraf, girafe en arabe), un affluent du Nil Blanc, dans l'État de Jonglei, à 100 km au sud de la ville de Malakal. Pas de routes pour accéder aux patients. Seulement le bateau. Le voyage durera deux heures, jusqu’au village de Diehl. L’équipe est composée du docteur Mustafa Alajeeli, de Mut - infirmier, de Maturich - responsable de la pharmacie, de Lam - chargé des enregistrements, de Kuang - pilote et de Rigobert Leylo - outreach manager.
Une équipe de clinique mobile de MSF en hors-bord.
Frederic NOY/COSMOS
A man helped by his brother completes the fence of his house, in reeds collected along the nearby Phow River, a tributary of the White Nile.

Un homme aidé de son frère achève la clôture de sa maison, en roseaux récupéré le long de la rivière Phow, tout proche, un affluent du Nil Blanc.
Un homme termine la clôture de sa maison à l’aide de roseaux ramassés sur la rivière Phow à proximité.
Frederic NOY/COSMOS

Les pluies continuent de s’abattre, ce qui accroît le risque de survenance de certaines maladies, telles que le paludisme et le choléra. L’environnement augmente également le risque d’autres infections, notamment lorsque des plaies ouvertes entrent en contact avec les eaux de crue. Malgré les nombreux défis auxquels sont confrontés les patients et les professionnels de la santé dans cet environnement, l’hôpital reste le meilleur espoir pour de nombreuses personnes souffrant d’affections graves. « Le fait que les gens continuent de venir à l’hôpital malgré la pluie, les longues distances et l’absence de certains services spécialisés nous montre pourquoi nous devons être là », explique Jamal.

Photographies par Frédéric Noy. Pour plus d'informations, instagram.com/fredericnoy. Vidéo par Jason Rizzo.