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Ezekiel Balibuno, an MSF nurse, tends to a patient at a makeshift treatment center set up to treat patients amid an ongoing cholera outbreak in Lomera, South Kivu.
Ezekiel Balibuno, infirmier MSF, s'occupe d'un patient dans un centre de soins improvisé mis en place pour traiter les malades dans le cadre d'une épidémie de choléra à Lomera, dans le Sud-Kivu.
© Sam Bradpiece/MSF

RDC : une épidémie choléra de plus en plus préoccupante à travers le pays

Ezekiel Balibuno, infirmier MSF, s'occupe d'un patient dans un centre de soins improvisé mis en place pour traiter les malades dans le cadre d'une épidémie de choléra à Lomera, dans le Sud-Kivu.
© Sam Bradpiece/MSF
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La RDC continue d’être frappée par une épidémie de choléra d’une intensité alarmante. Depuis le début de l'année, plus de 58 000 cas suspects ont été enregistrés, selon le ministère de la Sante. Il s’agit de l’une des épidémies les plus graves de ces dix dernières années, révélant l’ampleur de la crise sanitaire qui sévit dans le pays. Face à cette progression rapide, une mobilisation immédiate et renforcée des autorités nationales, des acteurs humanitaires et des partenaires internationaux est indispensable pour contenir la propagation de la maladie.

20 des 26 provinces du pays sont désormais touchées. De janvier à mi-octobre, plus de 1 700 décès ont été enregistrés, avec un taux de létalité dépassant 3.0 %. La situation ne cesse de s’aggraver, continuant de gagner de nouvelles zones de santé, y compris des provinces jusque-là non endémiques au choléra. Les inondations, les conflits, les déplacements, et l’insuffisance des systèmes d’assainissement et d’approvisionnement en eau ont contribué à alimenter de vastes flambées. À l’approche de la saison des pluies, la situation risque de se détériorer, augmentant les risques de transmission de la maladie et de contamination.

« La rapide propagation de l’épidémie à travers le pays cette année nous préoccupe particulièrement, surtout lors de la saison des pluies. Nous redoutons de nouvelles flambées si des mesures urgentes ne sont pas prises », alerte docteur Jean-Gilbert Ndong, coordonnateur médical de MSF en RDC.

Depuis janvier 2025, Médecins Sans Frontières (MSF) a intensifié sa riposte contre la maladie dans plusieurs provinces du pays, dont le Nord et Sud-Kivu, le Maniema, le Sankuru, la Tshopo, l’Equateur, Kinshasa, le Mai-Ndombe, le Haut-Katanga et le Tanganyika. Actuellement, les équipes restent mobilisées dans les zones les plus touchées comme à Fizi (Sud-Kivu) et Kongakonga (Tshopo). Depuis janvier, elles ont déjà mené 16 interventions d’urgence en soutien au ministère de la sante, permettant de soigner plus de 35 800 patients et de vacciner plus de 22 000 personnes contre la maladie.

« À ce stade critique, seule une mobilisation générale permettra de contenir la maladie sur le terrain et de freiner l’expansion alarmante des foyers épidémiques », insiste Dr Ndong.

A woman sits with her child in her arms as her youngest son lies in bed while being treated for cholera at the Sake Referral Center, supported by MSF as part of its emergency response. They had to leave the Bulengo displacement camp to come to Sake
Une femme est assise avec son enfant dans les bras tandis que son plus jeune fils est alité, soigné pour le choléra au centre de référence de Sake, soutenu par MSF dans le cadre de son intervention d'urgence. Ils ont dû quitter le camp de déplacés de Bulengo pour venir à Sake.
Jospin Mwisha

Sur terrain, les efforts peinent à suivre

La riposte sur place se heurte à des obstacles majeurs : financement insuffisant par le gouvernement Congolais, présence limitée d'acteurs humanitaires et manque de coordination dans le mécanisme d’intervention d’urgence. De plus, la faiblesse des systèmes de surveillance et d’identification de cas suspects, le manque de personnel médical et de fournitures, ainsi que la distribution limitée de vaccins, compromettent encore davantage la mise en œuvre d'une réponse rapide, efficace et durable.

« Partout où nos équipes interviennent, le constat est alarmant : les structures existantes ne sont pas adaptées pour faire face au choléra, et les intrants médicaux et les vaccins manquent. En collaboration avec le personnel local du ministère de la santé, nous essayons de contenir la maladie. Mais l’ampleur de la crise nécessite une mobilisation urgente de tous les partenaires, même dans les zones reculées. Le gouvernement congolais et les acteurs humanitaires doivent renforcer les moyens financiers, médicaux, notamment la distribution et l’acheminement des vaccins, ainsi que le mécanisme d’intervention d’urgence pour soutenir la lutte contre le choléra », plaide Ton Berg, cheffe des programmes de MSF au Sud-Kivu.

Le choléra est une infection bactérienne hautement contagieuse, qui sans traitement, peut être rapidement mortelle – pourtant traitable et évitable. Sa propagation est principalement facilitée par de mauvaises conditions d’hygiène, un accès insuffisant à l’eau potable et manque d’assainissement. Cela représente un défi particulier dans les zones densément peuplées, notamment dans les grandes villes telle que Kinshasa et dans les zones rurales à forte concentration des personnes déplacées internes.

“Nous appelons à une action coordonnée et urgente pour garantir la fourniture rapide de soins médicaux, notamment un accès sans entrave et un investissement durable dans l'accès à l'eau potable et à l'assainissement ». Ton Berg, cheffe des programmes de MSF au Sud-Kivu.

Derrière chaque intervention, un accès aux soins limité

Alors que les équipes MSF courent derrière les foyers épidémiques, l'accès aux patients atteints de choléra est entravé par d‘importants défis : difficultés logistiques, risques sécuritaires, barrières administratives et d'approvisionnement. Par exemple, la fermeture des aéroports de Bukavu et Goma depuis des mois freine les principales voies d’acheminement d’intrants vers l’Est du pays.

An MSF Water, Sanitation and Hygiene technician on a supervisory visit to water chlorination sites encounters a woman who has just drawn water from the Luke River in the village of Katanga, Fizi territory, South Kivu, Democratic Republic of Congo.
Un technicien MSF spécialisé dans l'eau, l'assainissement et l'hygiène, en visite de contrôle sur les sites de chloration de l'eau, rencontre une femme qui vient de puiser de l'eau dans la rivière Luke, dans le village de Katanga, territoire de Fizi, Sud-Kivu, République démocratique du Congo.
Abdon MANENGU Mbangala/MSF

Dans la zone de santé de Fizi, au Sud-Kivu, la présence des partenaires humanitaires reste limitée et pratiquement aucun ne s’est engagé spécifiquement dans la lutte contre la maladie.

« L'insécurité persistante, marquée par les affrontements entre groupes armés le long des axes principaux, entrave les déplacements et retarde la livraison de l'aide, obligeant les équipes à effectuer de longs détours pour éviter les zones à risque », déplore Berg.

Pour les communautés, l'accès aux soins de santé constitue aussi un défi immense. Les distances à parcourir, le manque de transport ou les conditions de sécurité rendent difficile l'accès aux structures médicales. Une fois sur place, ces centres sont souvent sous-équipés et incapables de répondre aux besoins essentiels, laissant les populations les plus vulnérables sans les soins indispensables.

Le choléra doit être placé au cœur des priorités au niveau national en tant que menace majeure pour la santé publique en RDC. MSF appelle à une action coordonnée pour garantir la fourniture rapide de soins médicaux, notamment la disponibilité des vaccins, un accès sans entrave aux soins et des investissements durables dans l'accès à l'eau potable et à l'assainissement.