Depuis le début du mois de septembre, la province du Nord-Kivu connaît une flambée inquiétante de l’épidémie de maladie à Ebola. Elle représente désormais près de 40 % des nouveaux cas confirmés dans le pays, contre 24 % à la fin du mois d’août. Alors que de nouveaux foyers épidémiques émergent semaine après semaine, les capacités de prise en charge restent largement insuffisantes et inadaptées. Une réalité qui expose à un danger supplémentaire les patients actuels et ceux qui seront infectés dans les semaines à venir.
« Dans cette épidémie, nous sommes comme des pompiers confrontés à un mégafeu, avec de multiples foyers simultanés, d’intensité variable, et éloignés les uns des autres. Il est impossible d’endiguer cette épidémie de grande ampleur tant que de nouveaux foyers continuent de se multiplier à mesure que le virus se propage dans le nord du Nord-Kivu. Nous ne pouvons que craindre une aggravation de la situation dans les semaines à venir, alerte Stéphanie Hoffmann, responsable du Centre de traitement Ebola (CTE) de Médecins Sans Frontières (MSF) à Butembo, au Nord-Kivu. « Butembo enregistre une légère baisse du nombre de cas confirmés cette semaine, tandis que Beni connaît une forte augmentation, mais cela ne signifie pas pour autant que le nombre de cas ne repartira pas à la hausse à Butembo ou dans d’autres localités plus tard. D’une semaine à l’autre, nous ne savons pas comment cela va évoluer, l’épidémie est très mouvante. »
« Depuis plusieurs semaines, les capacités d’accueil de patients sont déjà saturées. Faute de places dans notre centre, nous devons régulièrement orienter des patients confirmés vers d’autres structures, alors même qu’ils présentent un risque important de transmission pour la communauté. »Stéphanie Hoffmann, responsable du CTE de MSF à Butembo
La province du Nord-Kivu est en effet de plus en plus touchée par la maladie à Ebola, alors que les capacités de prise en charge demeurent très limitées. Au 28 septembre, 34% des cas positifs étaient encore pris en charge dans des structures sanitaires non-Ebola, faute de lits disponibles dans les centres de traitement dédiés et en raison de retards de diagnostic. Ces structures ne bénéficient d'aucun soutien spécifique pour la gestion de la maladie, ce qui accroît considérablement le risque de transmission entre patients et personnel soignant.
« Depuis plusieurs semaines, les capacités d’accueil de patients sont déjà saturées. Faute de places dans notre centre, nous devons régulièrement orienter des patients confirmés vers d’autres structures, alors même qu’ils présentent un risque important de transmission pour la communauté. Par ailleurs, la qualité des soins disponibles dans certaines structures périphériques ne répond pas toujours aux standards requis pour la prise en charge d’Ebola. C’est extrêmement préoccupant, » poursuit Stéphanie Hoffmann.
La zone de santé de Butembo ne disposait jusqu’à récemment que de deux centres de traitement Ebola pour une population estimée à près de deux millions d’habitants. Deux autres centres viennent d’ouvrir, mais des efforts importants restent nécessaires pour garantir un niveau de soins conforme aux exigences de la prise en charge d’Ebola.
Dans le cadre de son appui aux autorités sanitaires dans la riposte à Ebola, MSF soutient trois structures de soins dans la zone : le centre de traitement Ebola de Kitatumba, d’une capacité de 29 lits pour les cas suspects et confirmés, le centre de transit de l’Université catholique du Graben (UCG), d’une capacité de 16 lits pour les cas suspects, ainsi que le centre de transit de la zone de santé de Musienene, qui dispose de cinq lits, également destinés aux cas suspects.
Convaincre les patients de se faire soigner, une clé du succès
« Disposer de centres de transit et de traitement est essentiel, mais ce n'est qu'une partie de la réponse et ce n'est pas suffisant pour endiguer l'épidémie. Plus de 60 % des décès liés à la maladie à Ebola surviennent toujours dans la communauté », insiste Stéphanie Hoffmann. « Il est donc tout aussi essentiel de renforcer la confiance entre les communautés et les acteurs de la riposte, afin que les malades acceptent de se faire soigner et de s'isoler. Sans cette confiance, nous risquons de voir davantage de décès dans les semaines à venir et une poursuite de la propagation de la maladie vers les zones voisines. »
Pour renforcer cette adhésion, MSF travaille avec les leaders communautaires, les prestataires de soins, mais aussi avec des structures de jeunes afin de toucher différents groupes de population.
Face à l’ampleur des besoins, MSF ne peut répondre seule à la crise. L’organisation appelle à une mobilisation urgente de l’ensemble des acteurs afin d’augmenter immédiatement les capacités de prise en charge et à garantir un accès à des soins de qualité à Butembo, ainsi que dans l’ensemble de la province du Nord-Kivu.