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Construction of a changing area for protective equipment at the General Referral Hospital at Mongbwalu, as part of the temporary Ebola response structure being set up by MSF in collaboration with the Ministry of Health. This area will support infection prevention and control procedures for staff working in contact with suspected and confirmed cases. 

Mongwalu, Ituri Province, 05/22/2026
Construction of a changing area for protective equipment at the General Referral Hospital at Mongbwalu, as part of the temporary Ebola response structure being set up by MSF in collaboration with the Ministry of Health. This area will support infection prevention and control procedures for staff working in contact with suspected and confirmed cases. Mongwalu, Ituri Province, 05/22/2026
© Anna SCHÖNHOFER/MSF

« Certains survivants d’Ebola éprouvent de la culpabilité vis-à-vis de ceux qui n’en ont pas réchappé. Nous essayons de les aider à aller de l’avant. »

Construction of a changing area for protective equipment at the General Referral Hospital at Mongbwalu, as part of the temporary Ebola response structure being set up by MSF in collaboration with the Ministry of Health. This area will support infection prevention and control procedures for staff working in contact with suspected and confirmed cases. Mongwalu, Ituri Province, 05/22/2026
© Anna SCHÖNHOFER/MSF

Phoebe Zueya Yonkeu est récemment rentrée de Mongbwalu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où elle a travaillé six semaines en tant que responsable des activités de santé mentale au sein du centre de traitement d’Ebola (CTE) mis en place par MSF. Elle revient sur son expérience au cœur de ce qui était alors l’épicentre de l’épidémie et sur le travail indispensable mis en œuvre par son équipe auprès des patients et de leurs proches.  

« Cela commence dès le moment où les personnes sont admises, explique Phoebe Zueya Yonkeu. Tous sont inquiets, beaucoup éprouvent de la peur à leur arrivée au CTE, à cause de la maladie dont ils connaissent les issues possibles, mais aussi parce qu’ils peuvent avoir entendu de fausses rumeurs sur ce centre et sur ce qui s’y passe. »  

Composée de psychologues, d’agents de santé mentale communautaire et de leur superviseur, les huit membres de l’équipe santé mentale du CTE de Mongbwalu accompagnent les patients à chaque étape de leur parcours au sein de la structure.  

Nous veillons à ce qu’un agent de santé soit présent à chaque nouvelle admission, pour prendre le temps de leur expliquer ce qui les attend, à eux et à leurs familles, pour les rassurer, en leur disant que nous sommes là pour eux, pour les aider. Souvent, ce simple échange suffit à les apaiser. Phoebe Zueya Yonkeu, responsable des activités de santé mentale au centre de traitement d’Ebola de MSF à Mongbwalu, en Ituri.

L’équipe de santé mentale les accompagne ensuite pour toute la durée de la prise en charge, entre sept et dix jours en moyenne.  

Les membres de l’équipe de santé mentale sont postés aux abords de la zone à hauts risques, et à travers des parois transparentes prévues à cet effet dont sont équipées les chambres peuvent parler aux patients, entendre leurs préoccupations et les rassurer, sans être exposés. Ce suivi leur permet d’informer régulièrement leurs proches et ainsi maintenir un lien vital entre le patient et le « monde extérieur ». Il s’agit aussi bien de garantir le bien-être des personnes malades que la confiance de leurs communautés.  

« Il nous arrive aussi d’enfiler les tenues de protection individuelles nécessaires pour entrer dans la zone à hauts risques, directement à l’intérieur du CTE, afin de donner des consultations psychologiques confidentielles à celles et ceux qui en éprouvent le besoin. », ajoute Phoebe Zueya Yonkeu.  

Elle souligne enfin que l’accompagnement d’un patient à chaque étape de sa prise en charge implique aussi d’être présent pour sa famille et ses proches lorsque, en dépit des efforts des soignants, celui-ci ne se rétablit pas. 

« Lorsque l’état de santé d’une personne se détériore et que l’on sait qu’il n’y a malheureusement plus rien à faire, nous sommes ceux qui l’annonçons à leur famille. Nous prenons le temps nécessaire et essayons de les préparer à cette perte prochaine. »  

L’équipe de santé mentale se tient aux côtés des familles lorsque le corps de leur proche décédé leur est présenté pour quelques minutes, toujours de l’autre côté d’une paroi transparente, avant d’être emmené pour une inhumation sécurisée.  

« Même si c’est la dernière fois que la famille verra son visage, on ne peut pas faire autrement car les corps des personnes décédées d’Ebola sont extrêmement contagieux, poursuit Phoebe Zueya Yonkeu. Dans une région du monde où l’on a l’habitude de toucher, d’enlacer ses morts pour leur dire au revoir, cela peut créer de la frustration, de l’incompréhension, voire de la colère. Donc là aussi, nous tenons à être présents pour écouter, expliquer, rassurer, accompagner. » 

Les patients qui sortent guéris du CTE sont suivis pendant encore plusieurs mois dans le cadre de la « clinique des survivants ». Il s’agit d’un espace dans lequel ils sont réexaminés régulièrement afin de prévenir de potentielles complications des suites de la maladie. Ils y reçoivent aussi un soutien psychologique à plus long terme. 

« Nous organisons des consultations individuelles mais aussi des groupes de parole avec les patients guéris, détaille-t-elle. Beaucoup confient avoir été victimes de stigmatisation quand ils sont rentrés chez eux, avoir perdu leur emploi, ou avoir été rejetés par leur communauté qui les croyait toujours contagieux. D’autres éprouvent de la culpabilité vis-à-vis de leurs proches qui n’ont pas survécu à la maladie et se demandent même s’ils ne sont pas ceux qui les ont contaminés. Malheureusement, c’est un sentiment avec lequel ils vont devoir apprendre à vivre et nous essayons de les aider à aller de l’avant. » 

En plus du suivi des patients, l’équipe met également en place des sessions collectives de psychoéducation, c’est-à-dire de sensibilisation à la santé mentale, pour les accompagnants au sein des CTE.  

« Nous y expliquons ce qu’est la santé mentale, quels sont les signes auxquels être attentifs, et ce qu’ils peuvent signifier : pour les aider à mettre des mots sur leurs maux. Pour certains, ces notions étaient complètement nouvelles. Mais beaucoup nous ont dit avoir trouvé ces sessions réconfortantes. »  

Phoebe l’admet en le déplorant, les enjeux de la santé mentale sont encore trop peu compris et pris en compte en dépit de leur importance. Durant sa mission à Mongbwalu, cela était le cas pour le personnel du CTE lui-même, qui est confronté au quotidien à la mort et à la souffrance causée par la maladie – que ce soit au sein du centre ou des communautés. 

« Quand j’ai pris mon poste, j’ai senti que beaucoup étaient extrêmement fatigués du fait de la charge émotionnelle à laquelle ils devaient faire face chaque jour, dit-elle. C’était aussi le cas des deux agentes de santé mentale déjà présentes. Elles avaient dû annoncer des dizaines de décès et s’étaient elles-mêmes beaucoup exposées psychologiquement parlant. » 

Depuis, des activités de sensibilisation ont également été mises en place pour le personnel médical et non médical du CTE de Mongbwalu, en plus de sessions collectives de santé mentale au moment de changements d’équipes. Des initiatives qui ont contribué à faire en sorte que celles-ci se tournent plus volontiers vers les deux psychologues dédiés au personnel lorsqu’elles en ressentent le besoin. 

Lorsqu’on lui demande quel souvenir particulier elle gardera, comme souvent, c’est un moment heureux qui lui revient.  

« Je me souviens de cette petite fille. Au moment de son admission et de la séparation d’avec sa maman, les choses avaient été très difficiles. Toutes les deux étaient en pleurs. Alors, l’équipe de santé mentale est intervenue. Nous lui avons demandé ce dont elle aurait besoin pour se sentir mieux. Elle nous a répondu instantanément :  une poupée. »   

Phoebe Zueya Yonkeu se souvient s’être précitée dans le bureau de la responsable médicale du CTE pour lui dire qu’il lui fallait une poupée.  

 Forcément, elle m’a regardé d’un air un peu étonné… Mais dès que je lui ai expliqué de quoi il s’agissait, elle a tout de suite validé la commande et quelqu’un est aussitôt parti sur le marché de Mongbwalu. Moins d’une demi-heure après, cette petite avait sa poupée.  Quand, je repense à sa joie et à son sourire au moment où nous lui avons donné, à comment toute l’équipe en a reparlé pendant des jours, je me dis que nous avions sûrement autant besoin de ce moment qu’elle.

L’épidémie d’Ebola actuelle a touché plus de 10000 personnes et fait plus de 4800 morts en RDC. 2 900 membres du personnel de MSF continuent à s’engager sans relâche, aux côtés de partenaires et d’équipes de santé locales, pour endiguer la propagation de la maladie et sauver des vies. L’organisation médicale gère 8 CTE et de nombreuses unités d’isolement, dans lesquels plus de 4159 patients ont déjà été admis.  En parallèle, MSF renforce la surveillance épidémiologique et les activités de prévention grâce à un travail étroit mené avec les communautés touchées par l’épidémie.