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On the morning of Saturday 8 June 2024, Israeli forces heavily bombed the Middle Area of the Gaza Strip, including Al-Nuseirat refugee camp. These deadly Israeli attacks reportedly killed at least 270 Palestinians and left about 700 wounded according to the local health authorities.
 
Médecins Sans Frontières (MSF) teams, along with medical staff at Al-Aqsa hospital, treated hundreds of severely injured patients, many of whom were women and children. “It was total chaos in Al-Aqsa hospital. The overwhelming situation was compounded by the back-to-back mass casualty influxes we had to deal with over the span of a few days as densely populated areas were bombed”, says Karin Huster, MSF medical referent in Al-Aqsa hospital.
Rapport international d'activités 2024

La guerre vue des urgences

Un afflux de patients grièvement blessés arrive à l’hôpital Al-Aqsa après que les forces israéliennes ont intensément bombardé la zone centrale de la bande de Gaza, y compris le camp de réfugiés d’Al-Nuseirat, dans la matinée du samedi 8 juin 2024. Palestine, juin 2024.
© Karin Huster/MSF
Responding to war in Ukraine
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Je travaillais comme médecin urgentiste pour Médecins Sans Frontières (MSF) aux urgences de l’hôpital Al-Aqsa, dans la ville de Deir el-Balah, à Gaza en Palestine, lorsque deux jeunes filles ont été amenées. L’une était âgée d’environ sept ans, l’autre de cinq ans. La plus âgée avait perdu son bras gauche depuis l’épaule. La plus jeune était couverte de sang, mais je n’ai pas vu tout de suite sa blessure, alors je me suis concentré sur elle.

Au début, j’étais optimiste parce qu’elle était sur le dos et que je ne voyais aucun signe de blessure. J’ai pensé que le sang était celui de sa sœur. Mais quand je l’ai retournée, tout son côté droit était ouvert. Ses poumons étaient apparents, couverts d’éclats d’obus et de terre, et sa respiration était rapide.

Je savais qu’il n’y avait pas de spécialiste de chirurgie cardiothoracique à l’hôpital. Même s’il y en avait eu, je savais que ses chances étaient minces. J’ai essayé d’arrêter l’hémorragie, j’ai refermé la plaie et je l’ai amenée à l’équipe de chirurgie pédiatrique. Lorsqu’elle est sortie, je l’ai amenée à l’unité de soins intensifs et je suis resté avec elle. J’ajustais ses médicaments et surveillais son état, en espérant qu’elle s’en sortirait. L’un de mes collègues a essayé de me préparer émotionnellement, car il savait qu’il était peu probable qu’elle s’en sorte.

En effet, quelques heures plus tard, mon collègue m’a réveillé. La petite fille n’avait pas survécu à la nuit.

L’un de mes collègues a essayé de me préparer émotionnellement, car il savait qu’il était peu probable qu’elle s’en sorte. En effet, quelques heures plus tard, mon collègue m’a réveillé. La petite fille n’avait pas survécu à la nuit. Dr Sohaib Safi, coordinateur médical adjoint du projet MSF à Gaza

J’ai appris par la suite qu’elle et sa sœur fuyaient le nord de Gaza avec leur père, leur mère et leur frère lorsqu’une frappe aérienne a touché leur voiture. La plupart des membres de la famille ont été tués sur le coup.

Le nombre de personnes blessées ou tuées, et la nature de leurs blessures, dépassent ce qu’une intervention d’urgence peut gérer. Aucun hôpital n’est pleinement fonctionnel. Chaque semaine, parfois chaque jour, les hôpitaux reçoivent des dizaines, voire des centaines de personnes en l’espace de quelques minutes. Leurs blessures sont mortelles ou les marqueront à vie. Elles sont dues aux frappes aériennes, aux bombardements, aux tirs d’artillerie et aux explosifs à fort impact israéliens. Ce sont aussi des brûlures graves, des membres sectionnés ou des blessures d’écrasement chez les personnes qui ont été piégées sous des bâtiments effondrés.

En 2018, j’étais étudiant en médecine à Gaza  et j’ai vu la Grande marche du retour quand les manifestations organisées à la frontière de l’enclave ont été accueillies par des rafales de tirs à balles réelles des forces israéliennes. Selon le ministère de la Santé, plus de 7 900 personnes ont été touchées entre mars 2018 et novembre 2019. À la fin décembre 2019, MSF avait soigné plus de 900 personnes souffrant de blessures par balle. À l’époque, le personnel de MSF avait été confronté à des défis majeurs : complexité des blessures et manque d’expertise pour les traiter, fournitures médicales limitées et absence de tests appropriés pour orienter le traitement des taux élevés d’infection.

Aujourd’hui, la situation est encore pire. En comparaison de toutes les guerres que nous avons vécues auparavant, les ravages causés par celle-ci dépasse tout ce que l’on peut imaginer. À Gaza, nous avons toujours dû faire face à des pénuries de fournitures médicales. Mais aujourd’hui ces fournitures sont presque inexistantes. Je ne crois pas avoir jamais ressenti un tel sentiment de désespoir en sachant que nous pourrions sauver des vies si seulement nous avions suffisamment de fournitures.

Nous faisons ce que nous pouvons, en sachant que ce n’est pas assez. Chaque jour, nous devons prendre des décisions impossibles et examiner des personnes que nous ne pourrons pas sauver.

Je ne crois pas avoir jamais ressenti un tel sentiment de désespoir en sachant que nous pourrions sauver des vies si seulement nous avions suffisamment de fournitures. Dr Sohaib Safi, coordinateur médical adjoint du projet MSF à Gaza

Au-delà de l’intervention d’urgence, nous voyons un nombre choquant de gens souffrant de blessures, brûlures et autres lésions qui nécessitent des soins complexes à long terme. Outre une chirurgie de haut niveau, beaucoup ont besoin de traitement contre les infections chroniques résistantes aux antibiotiques, de physiothérapie, de bilans de santé réguliers, d’un soutien en santé mentale et d’une aide matérielle. Mais, même fournir un fauteuil roulant ou des latrines devient inutile si les routes sont bloquées par des décombres ou du sable. Comment les gens peuvent-ils faire face à cette destruction ?

La réadaptation à long terme nécessite une infrastructure, des compétences et des soins coordonnés. À Gaza, nous luttons pour juste maintenir les gens en vie. Il n’y a aucun système de réadaptation fonctionnel. Le seul centre de prothèses des membres de Gaza est fermé et il n’y a aucun moyen d’orienter correctement les gens d’un centre de santé vers un hôpital. Ils doivent donc vivre avec des blessures invalidantes qui auraient pu être évitées.

Plus de 90% de la communauté de Gaza est déplacée. Le système éducatif s’est effondré. L’eau potable, l’assainissement et la sécurité alimentaire se détériorent. Tous les aspects de la vie sont perturbés. Outre les blessures physiques, le bilan psychologique est lourd. Qu’elles soient blessées ou non, la plupart des personnes vivant à Gaza souffrent de stress aigu, de troubles post-traumatiques et de traumatismes psychologiques profonds.

Les organisations humanitaires font des efforts, mais c’est insuffisant. Il ne s’agit pas seulement d’une intervention médicale d’urgence. Il s’agit de survie. De dignité. D’humanité fondamentale.

Il ne s’agit pas seulement d’une intervention médicale d’urgence. Il s’agit de survie. De dignité. D’humanité fondamentale. Dr Sohaib Safi, coordinateur médical adjoint du projet MSF à Gaza

La souffrance marquera Gaza longtemps après que les bombes auront cessé de tomber. Les gens vivront une vie faite de difficultés, simplement parce que nous n’avons pas pu leur donner le traitement qu’ils méritaient, en raison du blocus israélien sur la bande de Gaza. L’aide humanitaire doit être sans entrave, massive et durable tant que les besoins persisteront.

La seule chose qui nous fait tenir, c’est de savoir que les personnes que nous soignons ont besoin de nous et que si nous arrêtons de travailler, elles mourront. C’est de la souffrance plus que de la résilience. Mais en tant que personnels de santé, nous faisons fi de notre propre traumatisme. Lorsque la guerre prendra fin, nous devrons toutes et tous faire face à la réalité de ce que nous avons vu et perdu, et de ce qui ne peut être défait.